
poème · Riri · 2 min de lecture
Altesses
À Son Altesse,
Permettez qu'une humble roturière ose déposer ces mots à vos pieds, bien qu'elle sache que les siens n'ont guère le poids de ceux qui naissent dans les palais, de ceux dont le sang est noble..
Dites-moi, Mon Prince... Lorsque je me tais, pourquoi ne venez-vous jamais à moi de votre propre chef ? Pourquoi faut-il que ce soit toujours moi qui brave l'orgueil, la crainte et les convenances pour chercher votre regard ? Pourquoi serait-ce toujours à moi de prouver l'intérêt que je vous porte, tandis que le vôtre demeure si souvent un mystère ?
Je m'interroge chaque soir sur ce qui fait de mon cœur le seul condamné à souffrir de votre indifférence. Est-ce là le destin de celles qui naissent sans titre ni couronne : aimer en silence et espérer des gestes qui ne viennent point ?
Pourtant... je demeure.
Je demeure parce qu'il vous arrive, parfois, de laisser tomber sur moi un regard d'une douceur inattendue, de prononcer quelques paroles qui me persuadent, ne serait-ce qu'un instant, que vous m'accordez quelque estime. Ces rares instants sont des flammes si fragiles qu'elles suffisent pourtant à réchauffer les longues nuits où votre silence me glace.
Peut-être n'est-ce rien pour vous. Peut-être ces attentions ne sont-elles que des politesses dont les princes parent leurs journées. Mais pour une âme telle que la mienne, elles deviennent des promesses auxquelles il est difficile de renoncer.
Si je m'obstine encore, ce n'est point parce que je suis aveugle à votre froideur. C'est seulement parce que, quelquefois... vous me faites croire que je compte un peu à vos yeux.
Et ce "quelquefois" a malheureusement le pouvoir de faire vivre toutes mes espérances. De les nourrir...
Votre très humble servante.