
lettre · Scorpi777 · 2 min de lecture
De la Félicité Stomacale
À la belle demoiselle qui d'un horrible trépas me sauva, j'adresse ces mots.
Que se passerait-il si Aphrodite, déesse de la beauté, décidait de vous nourrir elle-même ? Je n'aurais jamais cru qu'il fût possible d'allier la félicité des yeux à celle de l'estomac. Et pourtant. Il convient ici de confesser une chose. Lorsqu'en des temps moins fastes, je lui faisais part de ma faim, la noble demoiselle se proposait parfois elle-même en guise de festin. Je feignais de ne point comprendre. Non par sottise, mais parce qu'un chevalier affamé doit savoir prioriser. Il est des mets qu'il vaut mieux déguster avec respect et solennité. J'optais donc pour le poulet, réservant le divin menu pour un jour ultérieur. Dès les premières bouchées, je fus transporté au paradis. Jamais nul plat n'avait autant ravi mes papilles. Jamais de simples frites n'avaient été aussi exquises. Le chevalier, qui avait connu les abysses du pain-eau et la disgrâce des cantines sans âme, se retrouvait soudain élevé au rang des bienheureux. Chaque bouchée était une révélation. Chaque frite, un poème. Qui eût cru que derrière sa crinière rouge sang et sa fougue de guerrière se cachait une cuisinière aux doigts de fée ? Qui eût cru que celle qui, en tenue de cérémonie, arpente les couloirs avec la prestance d'une reine dans son palais, faisant tomber les regards sur son passage, faisait également tourner la tête aux casseroles ? Belle hôtesse, je dois vous avouer avoir goûté à bien des cuisines en ce bas monde. Certaines correctes, d'autres oubliables, et quelques-unes que la charité m'interdit de décrire. Mais la vôtre, mademoiselle, trône au sommet de cet illustre palmarès, ne se pliant qu'au seul festin que vous me proposez depuis lors, et que le chevalier, par sagesse et par respect de l'ordre des priorités, se réserve de découvrir en temps voulu. Recevez donc, ô noble dame, la gratitude éternelle d'un estomac conquis et d'un chevalier qui, pour la première fois depuis longtemps, a dormi en paix. Votre éternellement redevable, Scorpi