
Sur son lit, couvert d'un drap rouge moelleux, deux oreillers tendres soutenaient sa tête, parsemée de cheveux en bataille. L'inhabituel silence assourdissant, mais paisible, de la nature accompagnait joyeusement quiconque voudrait être dans les bras de Morphée. La jeune fille se reposait alors sur son lit. Elle y passait visiblement un sommeil presque digne de celui réservé quotidiennement à l'épouse d'un chef de comté. Quatre heures après que le petit colibri en cage eut chanté le matin, la jeune fille se réveilla enfin. Elle bâilla d'une manière si forte qu'elle aurait pu aspirer non seulement toute la peine de la Terre, mais également celle des galaxies environnantes. Elle ouvrit enfin les yeux. Et que vit-elle ?
Un corps… ou plutôt un squelette, posé là. Il y était probablement depuis un moment, à la regarder faire de beaux rêves, fièrement, tranquillement, sur son lit. Comme un père heureux qui regarde enfin s'endormir sa petite fille, le soir, après lui avoir raconté une histoire de princesse. Le squelette était drapé de noir des pieds à la tête. Dans sa main droite, il tenait une hache géante, apparemment tranchante. Plus tranchante que celle utilisée pour affaiblir à tout jamais les âmes récalcitrantes au grand public aux temps médiévaux. Dans l'autre main, il tenait fermement une lanterne allumée, comme si elle avait été préparée uniquement pour éclairer les chemins lors d'un long voyage ténébreux.
Le calme et la patience affichés par notre invité inopiné faisaient pourtant contraste avec son style sorti de l'enfer. Il ne disait rien. Il était juste là, à observer, comme pour vous laisser parvenir par vos propres moyens à une conclusion évidente.
La jeune fille, tout juste réveillée, vivait à l'instant même un panache d'émotions et de sentiments : peur, inquiétude… Mais elle comprit finalement, après de longues minutes, qu'elle ne pouvait en aucun cas le faire disparaître. Elle réalisa alors l'identité de ce mort qui se meut. C'était la Faucheuse… Oui, la Mort. Elle venait ainsi de la voir en face. Sans vouloir crier ni même s'enfuir, elle se débarbouilla et enfila une robe un peu plus ample. Notre hôte se leva alors dudit lit, et ainsi débuta le voyage vers une destination inconnue.
