
lettre · Un coeur brisé · 3 min de lecture
Lettre à une Dame II
Ma chère dame,
Aujourd'hui encore, j'ai passé toute la journée à admirer la perfection de vos traits au lieu de me concentrer sur mes études. Et pourtant combien de fois n'ai-je observé ce beau visage. Que je l'eusse regardé tant de fois ne me lasse pas, au contraire je découvre de jour en jour une nouvelle lumière dans vos yeux, ou une grâce inattendue dans la façon dont vous repoussez cette mèche rebelle de votre front.
Pendant que nos professeurs nous parlent de langages et de machines, j'apprends par cœur le langage silencieux de vos expressions, bien plus complexe et fascinant que toutes les lignes de code qui défilent sur nos écrans. Je suis un étudiant bien médiocre, je vous l'accorde, car ma véritable et unique discipline est devenue l'étude de votre personne.
Je me croyais pourtant à l'abri. Je m'imaginais sans cesse doté d'un cœur indomptable, une forteresse de logique que rien ne saurait ébranler. Mais mes camarades, ces clairvoyants indiscrets, ont lu dans mes silences. Il a suffi d'une simple discussion, d'un habile piège de mots dans lequel j'ai bêtement trébuché, pour que mes murailles s'effondrent. Je me suis entendu leur crier que je ne devais pas succomber, que je n'en avais pas le droit, que je ne pouvais pas tomber amoureux de vous. C'était le cri désespéré d'un homme qui se noie et refuse de l'admettre. Car à l'instant même où je niais cet amour, mon âme, elle, vous appartenait déjà.
Je vous aime. J'ai eu peur de l'admettre, mais telle est l'inévitable conclusion à laquelle je parviens, quelles que soient mes tentatives pour fuir mes sentiments. À maintes reprises, j'ai essayé de faire taire ces émotions, mais mon cœur ne peut se résoudre à vous abandonner. Dans la joie, votre visage rayonne de cette douce lumière angélique, presque divine, que même un aveugle ne saurait ignorer. Dans la tristesse, vos yeux renferment une délicate fragilité qui transformerait le pire brigand de la terre en un gentleman tout entier dévoué à votre protection. Je suis désormais, malgré moi, captif de votre charme, tel un marin piégé par le chant ensorcelant des sirènes.
Il me faut maintenant refermer cette page, cacher la preuve de ma défaite avant que quiconque ne la découvre. Je retournerai corriger mes algorithmes et chercher les failles de nos systèmes, tout en sachant pertinemment que la plus belle brèche de mon existence est celle que vous avez ouverte dans mon cœur.
Votre humble prisonnier,