
poème · Scorpi777 · 3 min de lecture
Dis moi où
Dis-moi où sont passés ces jours où, insouciants, nous ne songions qu’à nous amuser,Ces jours où nos seuls soucis étaient de ne pas rater l’heure de Naruto sur Game One.Dis-moi où sont passés ces jours où le ciel, en pleurs, murmurait à la terre la promesse d’une belle récolte,Où ses larmes lavaient la poussière du monde et rendaient à la nature son éclat verdoyant.Dis-moi où se cache désormais cette joie de vivre que nous portions sans le savoir,Cette légèreté qui ne demandait rien, ni sens, ni lendemain.Est-elle restée coincée entre deux souvenirs,Ou s’est-elle dissoute le jour où nous avons appris à compter le temps,à prévoir, à craindre, à perdre un peu de nous en grandissant?
Je me souviens de ces moments passés à nous laisser emporter par la beauté des films Disney,quand une simple phrase suffisait à nous rassurer pour la vie entière.Une promesse murmurée à l’enfance: ceux qui partent ne disparaissent jamais vraiment.Dis-moi où je pourrais trouver ceux qui sont partis,ceux dans les bras de qui je me sentais roi, invincible, à ma place dans le monde.Était-ce dans leurs voix, leurs silences, ou simplement dans le regard qu’ils posaient sur nous ?Nous étions petits par la taille, grands par l’imagination,capables de transformer une pièce sombre en royaume,un simple rêve en destinée.Sommes-nous obligés de grandir,Ou avons-nous simplement oublié comment voir le monde sans mesurer, sans craindre, sans douter ?Et sans m’en rendre compte, ce n’était plus le monde qui changeait,mais la place que j’y prenais.
Je me demande quand imaginer est devenu un luxe.Quand rêver a cessé d’être un réflexe pour devenir une fuite.Les journées ne nous laissent plus d’espace,elles empilent les attentes, les délais, les rôles à jouer,jusqu’à faire taire cette voix intérieure qui inventait des mondes sans permission.La vie nous presse, nous cadre, nous demande d’être sérieux, efficaces, raisonnables,et peu à peu l’imaginaire se fait discret,non pas parce qu’il est mort,mais parce qu’on ne l’écoute plus.Avant, nous créions pour le plaisir,aujourd’hui nous pensons en termes de résultats, de peur de l’échec, de temps perdu.Comme si imaginer devait désormais se justifier.Peut-être que le plus difficile en grandissantn’est pas de perdre ses rêves,mais de continuer à leur faire de la placedans une vie qui ne nous apprend plus à respirer.