Je veux trouver la bonne formule. La formule d’un El-Dorado, car après l’aurore, je veux continuer à vivre un rêve.
Je veux continuer à rêver.
Je veux qu’en rouvrant les yeux, après les avoir fermés à l’heure où le soleil dort et où la lune, telle une reine, brille de mille éclats, le monde m’apparaisse lentement, un peu moins noir. Qu’il n’y ait plus de malice dans les yeux des personnes qui sont censées m’aimer sans condition, comme moi, je les aime. Que la peine se dissipe tel le brouillard, la mienne et la vôtre. Que toutes les questions laissées sans réponse et qui hantent trouvent refuge dans l’oubli ; parfois, il vaut mieux ne pas savoir.
C’est dans le silence que je veux marcher et observer chaque changement dans le monde que j’ai rêvé : la chenille qui évolue pour devenir un papillon, la graine qui prend vie inexplicablement et donne la plante, puis l’arbre, le bébé qui prend le sein de sa mère, une nourrice au beau visage et au sourire éclatant, l’amour qui grandit dans nos cœurs…
Je veux enfin me sentir chez moi. Être témoin de l’amour du voisin et de la voisine qui leur fait toujours aussi mal, mais qu’ils n’abandonnent pas ; ils sont finalement peut-être mieux ensemble que séparés. Être témoin de la pluie qui commence sans crier gare, qui mouille plus d’un passant et cesse aussi mystérieusement qu’elle a commencé. De conversations en famille au clair de lune. De nos petits frères qui, sur leurs smartphones, rient face à une blague drôle. De guerres qui finissent, non sans dommages, mais qui se terminent néanmoins.
Je veux te croiser chaque matin en sortant de chez moi. Je veux faire semblant d’avoir mal au dos pour que tu m’aides à faire monter la table, juste pour te voir. Je veux apprendre à connaître ton univers. Je veux que tu t’arrêtes devant ma porte avant de rentrer. Je veux que tu continues de faire semblant de ne pas sourire en me voyant et que, derrière, tu me prennes la main sans que nos amis le sachent.
Je veux apprécier encore longtemps tes manies. Je veux continuer à respirer l’espoir quand tu es à côté. Je veux que tu me laisses écrire l’histoire dans la langue que seuls nous deux comprenons.
Je veux tout cela, et je veux le construire dans le monde rêvé que je dessine et façonne dans mes pensées.
En attendant qu’il prenne forme, veux-tu bien me tenir la main pour qu’on fasse de notre mieux ?
