
Je me souviens de la rentrée, de la salle,De nos deux pas qui ne se disaient rien.Aucun éclat, aucune étincelle fatale,Le temps pourtant faisait déjà son chemin.Tu gardais les mots que tu n'osais pas dire,Tu proposais qu'on se voie, seuls, tous les deux ;J'ai décliné. Je voyais ton sourire,Que tu pensais cacher à mes yeux.
Le problème n'a jamais été toi,C'était ma tête, trop lucide, trop pleine ;Je voulais nourrir mes neurones, quitte à ce que moiJe fuie le monde et sa peine. Parce que tu sais, avant ici, J'avais connu une gloire, avant toi, tu sais, et je ne veux guère qu'elle s'eteigne,Tu t'approchais, je ne pouvais te repousser,Tu m'offrais des instants, je repartais fier ;Mon cœur laissait les élans se glacer,Pompe de sang, mais fait de fer.Le destin tenta de rallumer la flamme,Cinq fois il nous laissa seuls, toi et moi :Un couloir étroit, une nuit, des pas sans âme,Et nous deux, muets, comme chaque fois.
Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'ils sont morts,Tes sentiments, et que ton regard me pèse encore;Nous jouons les innocents d'un crime à deux,Sans un mot, sans un geste, silencieux.Je ne te blâme pas, j'ai connu ce chemin,Quelqu'un te berce quand tes doutes t'étouffent ;C'est lui qu'il te faut, peut-être, qui sait enfin ?Nous deux, ça n'aurait été peut-être qu'un gouffre.Je ne regrette rien de t'avoir connue,Et j'espère qu'un jour nous aurons le courageD'un mot, pour que s'éteigne, enfin vaincu,Ce silence bruyant qui hante nos visages.
