
texte · Riri · 3 min de lecture
Trêve intérieure
Éclats de fiel et Bribes de douceur
"Ces rires au loin, là-bas vers la Fontaine… ils sont faux ", dit-elle. Je me retournai et vis deux compagnons. Je ne sus pourquoi, mais je la crus : elle avait tellement sué de douleur qu’elle reconnaissait, au miilieu de la foule, ces hommes déçus par la vie, coeurs épuisés et joies lointaines.
Elle voudrait partir, elle voudrait fuir, elle voudrait ne plus leur faire de mal. Une trêve. Elle veut une trêve avec elle-même, avec ses sentiments et ses émotions. Ne plus avoir cette attitude couarde qui faisait du mal à ceux qu'elle affectionne, pouvoir vivre en déréliction totale et s’ébaudir des petits sucres et bonheurs de la vie. Plus tôt, elle avait essayé. Essayé de rire quand l’intérieur cognait de douleur, quand les regards lançaient des éclairs de fiel. Elle avait essayé de sourire, d’accepter ces hics qui ne faisaient que se dresser contre elle, de tenir encore un peu, juste assez pour éviter la folie. Mais elle n’y arrivait désormais plus : elle avait mal. Parce que même le plus doux des cœurs finit par ressentir la méchanceté humaine. Et pourtant, on lui disait que ce n’était pas sa faute. Combien de fois lui avait-on dit de lâcher prise… mais elle ne pouvait pas, elle voulait comprendre.
Alors elle se tait. Elle ravale les mots qui brûlent sa gorge et enterre son chagrin sous des silences polis, des rires étouffés, au travers desquels seules les bonnes âmes lisent. À force de vouloir épargner les autres, leur épargner son fardeau, elle s’abandonna à ses propres démons, se laissa entraîner dans l’ombre, comme une fleur que l’on prive petitement et lentement de lumière. Et pourtant, au fond de cette abysse, subsiste encore une envie, une flamme, quoique fragile, de vivre. Une envie ténue de retrouver ces instants simples, ceux qui mêmes des années plus tard nous faisaient sourire : le vent du crépuscule contre sa peau, les éclats de rire sincères en famille, les conversations sans faux-semblants avec un ami du collège, les petites joies qui n’exigaient rien d’autre qu’un cœur apaisé, qu’un cœur calme. Elle voulait des moments à ne pas déchiffrer mais à croquer pleinement... Elle voudrait seulement respirer sans culpabilité. Exister sans avoir cette sensation d’être une tempête dans la vie des autres. Car derrière son sourire doux et frêle se cache une âme vacillante, épuisée de lutter contre un ennemi qu’elle ne connaît que trop bien, une âme qui ne demande finalement qu’un peu de douceur, qu’un peu d’amour. Elle voulait juste comprendre pourquoi ce genre de choses arrivait aux gens bien.