
texte · Riri · 3 min de lecture
L'Excès
Là où les pensées se dévorent
Apprenez-lui à ne pas être trop.
Trop bruyant. Trop sentimental. Trop logique. Trop gentil. Trop pleurnichard. Trop maladroit. Trop sensible. Trop rêveur. Trop anxieux. Trop intense. Trop attachant. Trop exigeant. Trop naïf. Trop nul. Trop intelligent.
Trop.
Il ne voulait plus être « trop ». Il ne voulait plus ressentir ce trop-plein d'émotions. Il ne voulait plus cogiter sur le regard que l'homme du bar lui avait lancé la veille, ni sur le « Bah, on verra » de cette bonne copine, ni sur les sous-entendus que ses amis avaient laissés échapper, encore moins sur les rumeurs à son sujet qui poursuivaient leur voyage d'oreille en oreille. Le damoiseau étouffait. Entre respirations saccadées et poitrine comprimée s'était bâti un monde à lui seul. Combien de fois avait-il pleuré ? Combien de fois avait-il inondé la Terre de la sueur de ses souffrances ? Pourtant, ces pensées qui le consumaient étaient les siennes. Comment pouvait-il être à la fois l'acteur et la victime des amertumes qui lui appartenaient ?
Si vous saviez comme il est douloureux de penser pour les autres, de se demander le pourquoi de la chose la plus insignifiante qui soit.
Comment pouvait-on vivre sans réel roc ? Il était entouré, vraiment entouré. Mais le problème n'avait jamais été la foule. Le problème, c'était lui.
Il avait toujours été le hic. Le fichu acteur de cette comédie dramatique qu'était sa vie.
À être « trop », il avait fini par chasser les âmes qui s'approchaient de lui, aussi belles fussent-elles. Alors, aux alentours, il ne restait plus que lui. Lui et sa tête. Lui et ce vacarme incessant de pensées qui tournaient encore et encore, sans jamais s'arrêter. À l'horizon, aucune bouée de sauvetage...
Dieu avait placé en cet être humain une mare de larmes et de bonté. Pour aider, il n'y allait jamais de main morte. Jamais il n'avait souhaité le mal de son semblable.
Néanmoins, n'avait-il pas été blessé lui aussi ? N'avait-il pas été la malheureuse proie d'atrocités ?
On n'a que ce que l'on mérite, disent les sages. Alors qu'avait-il bien pu faire pour être autant martyrisé ?
N'est-il pas là, en train de vous conter la tragique saga de ses émotions ?
Sa tête est un labyrinthe de fils. Sur chacun d'eux est inscrit le même mot : « trop ».
Trop sensible. Trop fragile. Trop inquiet. Trop émotif. Trop seul.
Ainsi, il n'est jamais à l'abri d'une surtension. Remords. Douleurs. Injures. Souffrances.
Voilà.